Etymologie et histoire de l'Artsakh

Ani Tanelian et Anahide Kasparian
Traduction relue par la professeur Donabédian
14/01/2021

Mise en contexte :

Le 04 novembre 2020, le président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliyev déclarait dans une allocution télévisée : “C’est la fin. Nous leur avons montré qui nous sommes. Nous chassons (les Arméniens) comme des chiens.” (1)

À partir du 27 septembre 2020, l'Azerbaïdjan, aidé de la Turquie et de mercenaires venus de Syrie, a lancé une attaque de grande envergure contre le Haut-Karabagh. Cette région à majorité arménienne est devenue en 1988 une région indépendantiste de la RSS d'Azerbaïdjan, à laquelle elle avait été arbitrairement rattachée en 1921-1923 par Staline. Bien qu’un accord tripartite ait été signé le 10 novembre sous l’égide de la Russie, dont les velléités sont historiquement expansionnistes au Caucase, beaucoup de voix s’élèvent pour alerter l’opinion publique quant aux pratiques dangereuses, sinon criminelles, de la République d'Azerbaïdjan. Et en particulier, sur la menace imminente d’un génocide culturel, tel que déjà pratiqué au Nakhitchevan (2) , par le saccage systématique de monuments, et par un révisionnisme historique audacieux, nourri de la diplomatie du caviar en Europe (3) et ailleurs.

Si le nom de langue turque Haut-Karabagh (“jardin noir”) est celui le plus fréquemment utilisé dans le contexte international pour désigner la région, le nom arménien Artsakh, est celui qui permet de rappeler sa riche histoire et son patrimoine arménien plurimillénaire, simplement irremplaçable.

C’est pourquoi nous avons souhaité traduire cet article tiré du Dictionnaire des toponymes d'Arménie et des régions adjacentes (Erevan, 1986), qui aborde l’étymologie du nom Artsakh, et son histoire.

(1) https://www.courrierinternational.com/article/conflit-lazerbaidjan-exige-le-retrait-armenien-du-haut-karabakh

(2) https://www.theguardian.com/artanddesign/2019/mar/01/monumental-loss-azerbaijan-cultural-genocide-khachkars

(3) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/09/04/diplomatie-du-caviar-comment-l-azerbaidjan-s-offre-l-amitie-de-responsable-politiques-europeens_5180962_3216.html

 
Photo cathédrale article Haut Karabagh.P

Photo : Vue de la cathédrale Ghazanchetsots, située à Chouchi.

T῾.X. Hakobyan, St.T. Melik῾-Baxšyan, H.X. Barsełyan. Dictionnaire des toponymes d'Arménie et des régions adjacentes, Presses de l’Université d’Erevan, 1986, p. 506


Artsakh (ԱՐՑԱԽ, Арцах, Ar̄an, Arac῾x, Ardax, Arjax, Arjaxa ašxarh, Arc῾axamar ašxarh, Gargar, Xač῾en, Xač῾enk῾, Ôrxistine) – Province de la Grande Arménie.


Il s'étendait de l'est du Syunik, entre les fleuves de la Koura et de l'Araxe, au sud-ouest, en se prolongeant à l'Est jusqu'à la ligne montagneuse de partage des eaux de la rivière Ałstew. Son territoire correspond principalement au Haut-Karabagh et au Bas Karabagh. La région est montagneuse et riche en sources d’eaux minérales chaudes et froides. Dans les temps anciens l'Arc'ax était connu pour sa résistance, surtout considérée comme une terre inatteignable avec les techniques militaires de l'époque.

L’Artsakh est connu pour ses forêts denses et ses riches pâturages. L’élevage équin de l'Artsakh était renommé : ici les chevaux d’élevage sont meilleurs par leur résistance que les chevaux arabes, et les égalent à la course. Il est connu pour ses vergers, également pour son coton qui se cultivait principalement dans les terres basses du Sud-Est. L'A. était totalement peuplé d'Arméniens.

L’A. fut intégré à l’État arménien durant les règnes des Artaxiades (IIᵉ-Iᵉ siècles) et des Arsacides (Iᵉ-Vᵉ siècles), puis à la région de Ałvank῾, formée aux Vᵉ-VIIᵉ siècles par les Sassanides. Du VIIᵉ au IXᵉ siècle, l’A. a été intégrée dans la Vice-royauté Ermenia (Armenia), formée en califat.

À partir de la deuxième moitié du IXᵉ siècle, quand l’Arménie regagna son indépendance politique, plusieurs principautés s’étaient formées en A., parmi lesquelles la plus vaste et la plus puissante était la principauté de Xač῾en. Gagik Ier Bagratowni (989-1020) avait rattaché au royaume central d’Ani-Širak une partie du Syownik῾, ainsi que l’essentiel des territoires des principautés de Xač῾en et de P῾ar̄isos.


Au cours des siècles qui ont suivi la chute du royaume des Bagratides, toute une série de principautés arméniennes a été préservée en A. : les principautés de Nerk῾in Xač῾en, Hat῾erk῾ et Car, lesquelles se trouvaient sous la domination des trois branches de la dynastie des Ar̄anšahik.

Ces dernières étaient au nombre de cinq du XVIᵉ au XVIIᵉ siècle, et de ce fait étaient regroupées sous le nom de Mélikats de Khamsay.


Du IXᵉ au XIIIᵉ siècle, l’A. était généralement désigné du nom de sa principale province (et de sa principauté indépendante) - Xač῾en ou Xač῾enk῾, et plus tard ŁARABAŁ.

Habituellement, l’Orchistenê mentionnée par Strabon est identifiée à l’A. Certains supposent que « Cavdek῾ », ainsi que les territoires « Owrdowxe » et « Ataxani » mentionnés dans les inscriptions cunéiformes, sont des synonymes de l’A., ce qui est peu probable.


Au VIIᵉ siècle, bien que les provinces de l’A. soient énumérées dans la Géographie (4) , aucune information n’est donnée quant à leur situation ou leurs territoires conquis. L’A. était divisé en plusieurs provinces : Myows Haband, Vakownik῾ ou Vaykownik῾, Berjor ou Berdajor, Meckowank῾, Mecirank῾, Harčlank῾, Mowxank῾, Piank῾, Packank῾, Sisakan Kotak, K῾owstip῾ar̄nes, Kołt῾ et Car.

De nombreux monuments historiques et antiquités restent préservés en A. (monastère d’Amaras, Dadivank, Ganjasar, T῾owx Manowk, Xoxanaberd, forteresse de Xač῾en, forteresse de Šowši, etc.).


L’A. est mentionné par les auteurs P῾. Biwzand, Ełiše, Xorenac῾i, T῾. Arcrowni, M. Kałankatvac῾i, Drasxanakertc῾i, K. Ganjakec῾i, St. Ôrbelyan, A. Davrižec῾i et beaucoup d’autres.

(4) La Géographie d'Anania de Shirak, au VIIème siècle

Mots de vocabulaire

Résistance ամրութիւն
Terre inatteignable անմատչելի երկիր
Forêts denses սաղարթախիտ անտառներ
Elevage équin ձիաբուծություն
Vergers մրգատու այգիներ
Principauté իշխանություն
Monastère վանք